
Après Aliénor, gardons un peu les femmes à l'honneur...
Les trobairitz, ce sont tout simplement les femmes troubadours. Leur équivalent en langue d'oïl est trouveresse.
Malheureusement, les trobairitz sont bien moins connues que leurs homologues masculins. Plusieurs raisons à cela : il nous reste peu de leurs textes, et certains ont parfois été attribués à des hommes se faisant passer, dans leur chanson, pour des femmes...
Pour n'en citer que quelques unes, l'on retrouve par exemple Azalaïs de Pourcairagues, Azalaïs d'Altier (oui, j'aime ce prénom), Beatritz de Dia, ou encore Marie de Ventadour.
Concernant cette dernière, il ne nous en est parvenu qu'une seule chanson, un tenson, pour être exact, dont elle partage la vedette avec Gui d'Ussel. En effet, les tensons sont des sortes de joutes troubadouresques où deux poètes se répondent strophe après strophe. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle avait des idées bien arrêtées sur l'amour courtois, ou fin amor. Jugez donc la conclusion de leur débat à ce sujet :
V (Marie). — Gui d’Ussel, les amants ne sont pas du tout ainsi au commencement; mais au contraire chacun dit, quand il veut courtiser, mains jointes et à genoux : « Dame, accordez-moi de vous servir sans réserve comme votre homme-lige. » Et elle le prend à ce titre ; pour moi je le considère à bon droit comme un traître s’il se fait l’égal de sa dame après s’être donné à elle comme serviteur.
VI (Guy). — Dame, c’est une opinion qu’il est honteux pour une dame de défendre, que de ne point considérer comme son égal celui avec lequel, de deux cœurs, elle en a fait un seul ; ou bien vous direz, et cela ne vous fera point honneur, que l’amant doit l’aimer plus sincèrement, ou bien vous direz qu’ils sont égaux ; car l’amant ne doit rien à la dame, si ce n’est par amour.*